Ai Weiwei expose à Berlin

Si vous vous rendez dans la capitale allemande d’ici le 7 aout 2014, ne manquez pas l’exposition « Évidence » de l’artiste chinois Ai Weiwei au Martin-Gropius-Bau !

Après avoir eu l’occasion de découvrir le travail de l’artiste il y a deux ans au Jeu de Paume (Paris), j’ai eu la chance d’en découvrir davantage lors d’un récent séjour en Allemagne. Petit résumé de ce qu’il y a à en dire.


Ai Weiwei (c) Gao Yuan
Ai Weiwei
(c) Gao Yuan

Qui est Ai Weiwei ?

Il s’agit d’un des artistes chinois contemporains les plus importants et les plus influents au niveau mondial. Influencé par des artistes tels que Marcel Duchamp, Andy Warhol et Giorgio Morandi, mais aussi par les techniques artisanales traditionnelles chinoises, Ai Weiwei est à la fois un architecte, un dissident politique engagé, un plasticien et un sculpteur talentueux.

Il consacre majoritairement son œuvre aux maux de la société chinoise moderne, à ses contradictions et ses soubresauts. Surtout, il s’efforce de pousser le spectateur de ses créations à s’interroger sur le sens caché de son environnement, sur son rapport à ce qui l’entoure, sur ce qui se dissimule sous couvert des apparences extérieures.

Suite à de nombreuses actions et discours critiquant l’action (ou l’inaction) des autorités, Ai Weiwei est aujourd’hui interdit de passeport et étroitement surveillé. Pour contourner les limitations et la censure dont il fait l’objet, il exploite au mieux les possibilités offertes par internet. Malgré le contrôle sévère dont il fait l’objet et les nombreuses tentatives du gouvernement de l’effacer de l’espace public, il jouit d’une immense popularité dans son pays et à l’international.


Une exposition captivante

L’exposition, intitulée Évidence, est une vaste immersion dans l’œuvre d’Ai Weiwei. Occupant tout le rez-de-chaussée du Martin-Gropius-Bau, soit 3000 mètres carrés répartis en 18 salles, l’expo a spécialement été conçue pour ce splendide lieu berlinois depuis le studio de l’artiste, à Beijing. Pour ne rien gâcher, il s’agit de la plus grande exposition à laquelle Ai Weiwei ait jamais eu droit. Il fallait bien cette démesure pour le laisser s’exprimer et offrir à l’Occident une occasion de se familiariser avec la Chine d’aujourd’hui.

mgb14_ai_weiwei_stools_01_media_gallery_resPrenez par exemple une des premières choses vue en arrivant, le vaste hall central de Martin-Gropius-Bau. Il a été intégralement rempli de 6000 tabourets datant de la dynastie Ming (période allant du 14° au 17° siècle), joints ensemble. Le résultat final, surréaliste, est impressionnant : on dirait une vaste mer pixelisée, vidée de ses habitants… L’artiste, par cette mise en scène, interroge ainsi la permanence d’éléments du quotidien et la question de leur valeur intrinsèque, liée à nos représentations sociales. Pour Ai Weiwei, il s’agit de « l’expression d’une esthétique centenaire de la Chine rurale ».

Quiconque contrôle la forme contrôle le contenu. En s’affranchissant des limites imposées par le régime de son pays, c’est à un discours sur la liberté de parole et d’expression que se livre l’artiste.

Certaines œuvres d’Ai Weiwei font directement référence à ses rapports conflictuels avec le pouvoir et permettent, en détaillant les mésaventures de l’artiste, de saisir la manière dont les autorités locales traitent certaines libertés fondamentales. Autant dire un sujet brulant dans le pays…
Plusieurs pièces de l’expo mettent notamment en lumière les conditions de la détention illégale d’Ai Weiwei en 2013. Il fut enfermé pendant 81 jours consécutifs sous un motif fallacieux, forcé à subir un éclairage continuel 24h sur 24, toujours encadré par deux gardes. Plusieurs de ses productions, comme des menottes sculptées en jade, réplique exacte de celles qu’on lui passait aux mains, sont un moyen efficace d’offrir une réalité tangible aux excès autoritaires.

L’épisode de cette détention à été mis en scène dans le clip de la chanson Dumbass, ci-dessous. Vous me pardonnerez de n’avoir pu résister à la tentation de poster du heavy-métal chinois sur le blog… Même si je cherche encore où est le côté heavy annoncé par Weiwei ! Souvent, si un artiste contemporain dit qu’une chose en est une, ça le devient, mais là, en tant que metalhead je conteste !

Si vous désirez avoir un résumé exhaustif de l’expo et de la démarche de l’artiste, vous pouvez télécharger le communiqué de presse (en français).


L’avis du Silex

Exceptés les films (qui durent en moyenne près de 10h, une pratique que j’ai toujours eu du mal à supporter) et les sculptures à base de barres d’acier (la démarche est intéressante ; le rendu final, bof), Évidence vaut que l’on se penche dessus. Il y a matière à réflexion tandis que l’on déambule d’une salle à une autre, tant au niveau politique que sur des plans plus existentiels. Il y a une récurrence du thème de la patine des objets, qui, une fois ôtée, révèle que l’objet initial est demeuré intact. L’importance et la valeur que nous accordons à toute chose peut alors être réévaluée à cette nouvelle aune.

L’intérêt majeur que je trouve à Ai Weiwei, c’est qu’il développe un message, un propos, contrairement à de nombreux représentants de l’art contemporain qui donnent l’impression de brasser du vent. Chaque pièce exposée intrigue, pousse à s’interroger, à mettre en perspective ce que nous voyons et ce que nous savons. En plus d’être esthétique, l’exposition a ainsi le mérite d’être intelligente, subtile et intelligible par tous.

Je n’aurai qu’un reproche à faire à l’artiste, une contradiction assez curieuse. Alors qu’il s’acharne à réinterroger notre rapport aux symboles de l’autorité, notamment avec sa série de photos Study of Perspective, son discours de héraut dissident-martyr en est venu à faire figure d’autorité. N’est-ce pas étrange ? J’ai eu parfois le sentiment désagréable d’avoir affaire à un story-telling bien rodé, une mise en scène de soi directement influencée par le quotidien sous surveillance qu’il subit. À moins que l’artiste, lucide sur sa condition et avec une ironie confondante, ne nous invite à appliquer à lui-même son propos,  prouvant ainsi le succès de son pari: nous faire réinterroger l’évidence.


L’expo en pratique

Heures d’ouverture :

  • De 10h à 19h du mercredi au lundi, fermé le mardi. À partir du 20 mai, ouverture de 10h à 20h.

Tarifs :

  • Prix normal : 11€ / Prix réduit : 8€
  • Pour les groupes (à partir de 5 personnes) : 8€ par personne
  • Gratuit pour les moins de 16 ans

Réservation en ligne :

Ça fait gagner du temps (y a une sacrée file d’attente), c’est par ici.

Comment y accéder?

Plusieurs lignes de transports publics permettent de se rendre au Martin Gropius Bau

  • U-Bahn Line 2 (stop: Potsdamer Platz)
  • S-Bahn Line 1, 2, 25 (stop: Potsdamer Platz or Anhalter Bahnhof)
  • Busses: M29 (S Anhalter Bahnhof), M41 (Abgeordnetenhaus)
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