Critique : « L’Homme qui savait la langue des Serpents », d’Andrus Kivirähk

Passons sous silence le fait que ce blog n’a pas été alimenté depuis près d’un an ; je reviens enfin alimenter le site, avec sous le fagot la chronique d’un des meilleurs livres que j’ai pu lire cet été.

L’homme qui savait la langue des serpents

lhomme-qui-savait-la-langue-des-serpents_a6VMHxGRésumé de l’éditeur :

Voici l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons épouvantés par tout ce qui précède… Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas scandinaves, un roman à l’humour et à l’imagination délirants.

En guise de mise en bouche, sachez que l’ouvrage a été récompensé par le Prix de l’imaginaire 2014 du roman étranger. Initialement publié en 2013 par les éditions du Tripode, il est réédité en poche depuis 2015.


L’avis Silex

Je conseille fortement l’ouvrage aux amateurs de merveilleux qui seraient curieux de s’offrir autre chose que les sempiternels best-sellers américains de fantastique. On quitte les terrains balisés pour faire l’école buissonnière, pour un divertissement qui ne sacrifie jamais la réflexion, d’où une lecture particulièrement plaisante!

Les points positifs :

La galerie de personnages, tous bien campés sous la plume d’Andrus Kivirähk, est parfaitement réussie. Ce sont eux qui soutiennent l’édifice de l’intrigue et y apportent sa saveur particulière. On s’attache à certains, on en déteste d’autres, cependant en aucun cas ils ne laissent indifférent. Leurs choix respectifs influent sur la trajectoire du héros ; résultat, ils font avancer l’intrigue par petites touches qu’on se plaît à observer. Le personnage principal, Leemet s’attire très vite l’affection du lecteur par sa situation unique. Coincé entre un monde ancien qu’il aime, mais en train de mourir, et un monde nouveau dans lequel il ne se reconnaît pas, seul dans ce cas de figure, il s’efforce tant bien que mal de trouver sa voie. Le côté initiatique du roman est joliment réussi, c’est même l’une des grandes réussites de l’auteur.

L’ouvrage foisonne de péripéties amusantes d’un chapitre à l’autre (la plupart sont assez courts). On ne s’ennuie à aucun moment durant la lecture ; il est d’ailleurs très difficile de lâcher le bouquin une fois qu’on s’y est lancé. Si l’intrigue progresse à un rythme relativement lent, elle est néanmoins toujours en progression, ce qui fait qu’à aucun moment on n’a l’impression de stagner. L’aspect don-quichottesque du récit favorise un humour ironique assez jouissif à lire ; certaines trouvailles sont à mourir de rire. Le style est très accessible, sans pour autant être simpliste, dans un ton proche du conte à l’ancienne. Les amateurs de littérature russe classique apprécieront l’ouvrage, qui par beaucoup d’aspects s’en rapproche. Chapeau bas au traducteur, Jean-Pierre Minaudier, dont le travail n’a pas dû être une mince affaire !

Le côté merveilleux est un constituant essentiel du récit. De la langue des serpents (omniprésente malgré sa disparition prochaine) à la légendaire Salamandre protectrice des Estoniens, des Sages capturant les vents aux superstitions chrétiennes, des anthropopithèques aux ours lubriques dont les femmes tombent amoureuses, il y a de quoi se régaler l’imaginaire, et pas qu’un peu!

Derrière le conte se dissimule enfin une dimension pamphlétaire qui sautera aux yeux de celles et ceux qui, comme moi, ont déjà eu l’occasion de se rendre dans le pays. Le propos renvoie certes à un passé médiéval, mais il fait également écho à la situation actuelle du pays, où les tensions liées à la langue, la religion et à l’histoire générale estonienne couvent. Les réflexions à l’égard d’un passé idéalisé et du rapport à la culture de son pays font mouche et poussent à cogiter sur la perception qu’on a de ces questions.

Les points négatifs :

Dans sa volonté de rendre palpable l’univers de « L’homme qui savait la langue des serpents », l’auteur s’appesantit parfois trop sur certains détails qui, par leur redondance, en viennent à lasser. Ainsi, la manie compulsive de la mère de Leemet à submerger son fils sous la nourriture m’a presque énervé à la longue : au bout d’un moment, on a compris sa personnalité, inutile d’insister aussi lourdement dessus. Les répétitions balourdes de ce genre sont, à mon avis, la seule faiblesse/erreur du roman, heureusement elles sont rares.


kivirahkAndrus Kivirähk

Andrus Kivirähk est un écrivain estonien né en 1970 à Tallinn. Phénomène littéraire dans son pays, journaliste et essayiste, son œuvre importante suscite l’enthousiasme d’un très large public qui raffole de ses histoires. Il écrit des romans et des nouvelles, des pièces de théâtres, des textes et des scénarios de films d’animation pour enfants.

Il a également écrit « Les groseilles de novembre », dont la traduction est parue aux éditions du Tripode en 2014.


L'Homme qui savait la langue des serpents
 Roman
 440 pages
 978291-7084-649
 Prix: 23,00 €
 Parution: 17 janvier 2013

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