Le Carnaval aux Corbeaux, Anthelme Hauchecorne

Nul besoin d’attendre Halloween pour lire un conte d’automne, surtout pour les amateurs de littérature fantastique !

Paru en 2016 aux Éditions du Chat Noir, Le Carnaval aux corbeaux est la dernière création d’Anthelme Hauchecorne. Si le nom vous évoque quelque chose, même lointain, c’est normal: l’auteur est le lauréat du prix Masterton pour son recueil de nouvelles Punk’s not dead (2013, éd. Midgard), dont je recommande chaudement la lecture. Or un roman est chose fort différente d’un recueil, et je m’interrogeais sur ce que vaut la plume d’Hauchecorne dans un format plus long.

Résumé du « Carnaval aux Corbeaux »

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Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal. Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu. Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre.

Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.

À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite… Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

Roman fantastique

Avant tout, Le Carnaval aux Corbeaux est un récit fantastique, où l’auteur s’ingénie à adapter à sa sauce de nombreux contes et légendes populaires européens. Il y a beaucoup d’emprunts à la mythologie germanique et celtique, sans oublier d’autres légendes plus modernes comme le Triangle des Bermudes. Les amateurs de fabliaux seront en terrain connu, c’est le moins qu’on puisse dire, même s’ils ne manqueront pas d’avoir leur lot de surprises.

En effet, qu’on ne s’y méprenne pas: Hauchecorne ne se contente pas de proposer une resucée de lieux communs. Il parvient à les adapter à sa sauce grâce à sa façon de les articuler entre eux d’une façon très personnelle. Ce jonglage permanent entre références et originalité est justement ce qui tient le roman, ce qui forme sa substantifique moelle et captive le lecteur.

Le merveilleux s’invite dans le réel tout au long du récit, avec une relative sobriété. On est dans une histoire de fantômes, de saltimbanques filous, de malédictions, de destins brisés, de sorcellerie ; du relativement classique sur le fond donc.

Roman jeunesse

Les héros, Ludwig Poe et Gabriel Grimm (était-il nécessaire de les affubler de ces patronymes?) sont des adolescents. Qu’il s’agisse de l’histoire, de ses codes ou des personnages, on nage dans la littérature jeunesse jusqu’au cou ; il faut donc lire Le Carnaval aux Corbeaux en tant que tel pour l’apprécier.

Si vous comptez offrir le livre à un (pré-)adolescent ou appréciez la littérature jeunesse, il est certain que Le Carnaval aux Corbeaux remplira son office. L’aventure est bien agencée, est rythmée de façon trépidante et génère un univers bariolé propice à stimuler l’imagination grâce à l’usage immodéré du folklore par Hauchecorne. La galerie de personnage est étendue, ce qui permet de nombreux rebonds scénaristiques. Il y a peu de temps morts et aucune place n’est laissée à l’ennui. Les péripéties parallèles des héros sont évocatrices, on est à la croisée du picaresque et du roman d’initiation. En filigrane se dessine la quête du père et de la reconnaissance par celui-ci, thème freudien par excellence. Ajoutez à cela de la magie, quelques interrogations adolescentes sur le sens à donner à la vie et à la mort, ça nous donne une histoire à multiples facettes et à fort potentiel. À partir du moment où on accroche avec l’univers dépeint par l’ouvrage, il n’y a qu’à se laisser porter pour passer un bon moment !

Style

J’éprouve malheureusement peu d’attirance pour le roman jeunesse, ce qui a en partie écorné mon immersion dans le récit. Comparé aux nouvelles de Punk’s not dead, de petites pépites de noirceur à mes yeux, cet ouvrage est trop lisse, trop convenu en raison de son usage des codes en vigueur. Les nombreux clins d’œil accentuent cette impression: ils inscrivent Hauchecorne dans la lignée des conteurs traditionnels, mais, ce faisant, ils lui ôtent une part de son originalité. Ce qui fait la force du roman le pénalise en quelque sorte. Paradoxe terrible s’il en est !

Certes l’ambition de l’auteur de proposer un texte à la poésie crépusculaire perce, affleure selon les passages, toutefois je n’ai pas retrouvé la gouaille railleuse et parfois cynique qui m’avait ravi auparavant. Est-ce la faute au format romanesque? Le style d’Hauchecorne, très axé sur la rime, se digère mal sur la longueur. Souvent, j’ai eu le sentiment que les phrases étaient tant rimées que c’en était forcé – impression pénible s’il en est -, or cette exagération stylistique alourdit l’ensemble et nuit à sa fluidité. La volonté artistique est là, à n’en pas douter, mais son dosage laisse à désirer. Certainement, ce tic d’écriture risque d’en rebuter certains, même parmi les lecteurs les plus ouverts à l’expérimentation.

Illustrations

On notera la présence au fil du Carnaval aux Corbeaux d’illustrations exécutées par Loïc Canavaggia, dans la droite ligne des contes illustrés d’antan. Pour le plaisir des yeux, ça ne se refuse pas !

À lire ou à ne pas lire?

À choisir, je recommande Punk’s not Dead davantage que Le Carnaval aux Corbeaux pour découvrir ce dont est capable l’auteur. L’ouvrage n’est cependant pas mauvais, loin s’en faut. Il est même relativement bon grâce à quelques belles trouvailles qui raviront tout fan de fantastique ou de folklore digne de ce nom. Ce ne sera juste pas mon préféré ; là-dessus, il appartient à chacun de se forger sa propre opinion.


Anthelme Hauchecorne

 

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Il naît en 1980 dans une famille de la classe moyenne. Ses études mêlent droit, économie et sociologie, trahissant une passion précoce pour les mélanges douteux. En 2007, l’auteur obtient le concours d’enseignant en économie-gestion. Jeune titulaire, son affectation le contraint à quitter sa Lorraine natale pour rallier le Nord-Pas-de-Calais. Où qu’il aille, l’encre des mots le suit comme une ombre. Ses romans touchent au fantastique et aux questions de société. L’auteur affectionne les univers régionalistes et documentés, multipliant les clins d’œil aux lieux et aux légendes locales.

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